Mangée par la machine

Publié le par Louloute

 

espoir.jpgQuand j'ai débarqué à 20 ans à peine dans une grande entreprise pas organisée du tout, au sein d'un service pas organisé du tout et que j'ai eu l'immense chance de tomber sur mon Sage, elle m'a transmis comme premier conseil de ne pas me laisser manger par la machine.

La machine c'était le boulot, le stress, l'angoisse du dossier pas rendu ou de la deadline dépassée. Nous avions sous les yeux au quotidien trop de gens qui eux s'étaient fait avalés entièrement. Ce n'était pas très beau à voir, croyez moi, ça faisait même peur en fait. Comprendre à 20 ans que le travail si salué par une éducation au mérite, qui rejette l'oisiveté et la paresse, pouvait être source de (grande) souffrance : le choc!

Je me souviendrai toujours de son départ en vacances - une semaine, 15 jours au max - sans ses sages conseils justement et que j'appréhendais la boule au ventre, et elle qui me répétait sans cesse "visionne des échasses le matin et un gros boulet le soir". Prendre de la hauteur toute la journée et laisser tes soucis sur ta chaise en partant.

Les années ont passé, le monde professionnel m'a malmenée, de manière raisonnable j'imagine en écoutant le récit d'autres et aujourd'hui, je tente d'appliquer toujours et encore ces conseils pour garder la tête hors de l'eau.

Typiquement en ce moment, je les applique très mal et je n'ai besoin que de la vacuité des publications sur ce blog ce ces dernières semaines pour le prouver.

J'ai l'impression de vivre avec un tic tac permanent, les yeux rivés à l'heure, à tout moment de la journée ou de la nuit. Nuit où je me réveille en sursaut, persuadée qu'il est l'heure, l'heure d'y aller, de se lever alors que ma pauvre Louloute, il est à peine deux heures du matin.

Et je me fais grignoter, un peu, beaucoup, passionnément, sous prétexte qu'au fond "j'aime ça" et qu'un poste à responsabilités est un peu ce que j'ai toujours brigué. Ah ça, pour s'auto-convaincre qu'on est le créateur de ses soucis, on est extrêmement doués.

Il est facile de glisser, de tomber de l'autre côté du fil, d'annuler des dîners et des sorties, d'arrêter de pratiquer un sport ou de jouer aux jeux vidéos. Après tout, quel est l'intérêt, quelle est la plus-value ? On peut vivre sans jeu vidéo n'est ce pas ? Et constater peu à peu que le travail prend le pas sur d'autres choses.

On débattait avec ma meilleure amie sur ces dirigeants qui t'envoient des emails à 2 heures du matin le samedi soir, qui se cachent dans les toilettes pendant leurs vacances pour consulter leur BlackBerry, sans quoi leurs femmes leur tombent sur le râble. Avions-nous envie de terminer ainsi ? Avions-nous envie de finir complètement drogués du travail ?

Si au moins la reconnaissance était à hauteur de l'investissement. Mais que reste-t-il quand tu as pris ton carton sous le bras et ton chèque de départ (si tant est que tu ais un chèque) ? La machine t'a avalé et puis elle te vomit, mais tu es déjà digéré, écrasé… Vraiment, ça donne envie !

A mon petit niveau déjà, je me demande combien de temps cela peut encore durer. Je rate mes stations de métro, je range ma brosse dans le frigo et tout à l'heure j'ai manqué de me faire écraser par une moto. J'ai bloqué, au milieu de la route, le cerveau reptilien en mode erreur 404 - data not found. Avancer ? Reculer ? Aucune idée… j'ai mis 2 bonnes minutes à réagir au klaxon, à bredouiller des excuses et à monter sur le trottoir.

Ne pas céder aux sirènes du sur-investissement professionnel, de l'exigence toujours plus forte de la hiérarchie, car fondamentalement, tu pourrais y passer 24 heures d'affilée à ton bureau, il y aurait encore des choses à faire non ?

 

Je vais vous dire… c'est bien plus facile à dire qu'à faire.

Publié dans vie pro

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le sage 19/03/2011 10:32



ouh , cool respire....nous ne sommes pas chirurgien, anésthésite, pilote d'avion....nous n'avons pas fait le choix d'avoir des vies humaines entre nos mains....nous avons choisi enfin façon de
parler....d''alimenter une système financier, plus d'argent, plus de clients, plus de productivité... et la question est : est ce que ce système mérite de ce mettre ko pour lui?


et si je décidais d'intervenir sur mon périmètre uniquement, voila qui pourrait être intérréssant...as tu réfléchi à pouquoi les entreprises ne communiquent pas les périmpètres exacte et précis
de leur collaborateur? hum...


apprendre à dire NON, procure au moins 3 avantages,


1) c'est assez sympa...


2) tu donnes à ton chef une chance de ne plus te confondre avec une machine...


3) et coté perso tu acceptes que tu ne peux pas tout faire ...il n'y a pas de wonder women heureuse...


Conclusion :  il faut dire OUI mais savoir dire NON c'est aussi indispensable...et juste un petit rappel parfois savoir dire Mer...est aussi nécessaire...


bises


 


 


 


 



Louloute 24/03/2011 14:54



Comme toujours mon Sage, tes mots tombent justes !


Mardi je suis allée à une séance de coaching dont le thème était "apprenez à dire non", j'ai hâte de t'en parler car cela va énormément te parler ! C'était top
!


Du coup j'expérimente doucement le concept.. et ça ne marche pas trop mal !



Sarah 03/03/2011 12:10



Arf... ouais, j'y pense pas mal en ce moment... au sketch qu'on me fait quand j'ose demander la permission de poser un jour alors que j'ai déjà "réclamé" 3 WEEK-ENDS pour des mariages, quand on
me répond qu'avril ne sera pas la bonne période pour prendre des vacances quand j'émets l'hypothèse de m'accorder une semaine... à cet appel au kiné que je repousse depuis cet été déjà pour une
douleur persistante à l'épaule droite qui se propage lentement mais surement tout le long de la chaine musculaire...


Euh...finalement... qu'est ce qui justifie tout ça? le salaire qu'on nous verse à la fin du mois? le CDI qu'on te promet depuis 2 ans déjà? nan je veux dire, le-travail-cest-la-santé mon cul oui!
le travail grignotte notre vie, et purée, au final, jme suis jamais sentie aussi seule et aussi vide que depuis que j'ai commencé à bosser...



Louloute 24/03/2011 14:59



Définitivement je trouve que l'appel du corps est le plus flippant. Parce qu'il ne ment pas, parce qu'il n'a que faire de l'inconscient et qu'il sait très bien se
faire entendre.


Il faut l'entendre, surtout dans ton cas où la douleur a l'air de se traîner et de persister. Elle ne partira pas toute seule si c'est ce que tu espères :)



Madame Patate 27/02/2011 18:25



On dirait moi il y a 6 mois... Fais attention petite Louloute, tu es déjà bien loin sur ce vilain chemin :-/



Louloute 24/03/2011 14:59



Je crois que j'ai réussi à changer de chemin heureusement, c'est qu'on se laisserait vite emporter dis donc !