Chaos
Sorti en 2001, Chaos est un film français réalisé par Coline Serreau (Trois hommes et un couffin, la Crise, 18 ans après) et représente pour moi l'un des meilleurs films de ces dernières années. C'est l'histoire d'un couple parisien bourgeois : Hélène (Catherine Frot) et Paul (Vincent Lindon) qui assiste un soir à l'agression d'une prostituée (Rachida Brakni). Si Paul décide de verrouiller les portes et de partir rapidement pour ne pas avoir d'ennuis, Hélène va s'employer à retrouver la jeune fille. Elle aidera celle-ci à sortit du coma et à réapprendre à vivre, mais elle lui fera surtout raconter son histoire, celle d'une maghrébinne qui, pour échapper à un mariage forcé, est tombée dans la prostitution et est au proie à des souteneurs. Avec violence mais aussi avec passion, ce film va donc nous retracer la lente descente aux enfers de Noémie, cette jeune fille qui se retrouve sur le trottoir à 17 ans, après avoir été torturée et droguée afin d'être bien docile.
La première fois que j'ai vu Chaos, ce fut justement un choc pour moi. Filmé en DV, caméra au poing, on a vraiment la sensation d'être dans le film, derrière les personnages, tel un documentaire. Le film possède un rythme effréné, souligné par une bande son très dynamique qui nous accorde en gros, trois passages dans le film pour souffler. Le reste n'est que courses, fuites, tentatives d'évasion.
Bien plus qu'une fiction parfois un peu caricaturale avec des personnages exagérés (pas un homme pour en rattraper un autre, le pouvoir du sexe, les jeunes gosses de riche parisiens), Chaos dénonce. Il dénonce la violence, l'indifférence, le mépris, mais aussi un phénomène actuel et encore trop répandu : celui des mariages forcés. Dans le film, Noémie est le cliché de la banlieue actuelle. Elle vivait en banlieue parisienne, dans un deux-pièces à 7, avec un entourage traditionnaliste. Après s'être enfuie pour échapper au mariage forcé, elle revient chez elle où on lui répond qu'elle a bafoué l'honneur de sa famille et de sa religion et qu'elle n'a désormais plus de famille.
Bien qu'un peu généraliste, je trouve son discours sur la banlieue très réaliste et très abrupt. Elle raconte comment ses frères veulent "de l'argent facile et des meufs qui obéissent". Mais que quand "tu es beur, pauvre et sans éducation" tu finis en taule pour avoir voulu des choses sans lever le petit doigt. Elle parle de la colère qui règne mais d'une rébellion qui est dirigée contre un système dont ils veulent profiter.
En banlieue comme dans le 16ème, les hommes font l'erreur dans ce film de croire que les femmes seront toujours là pour leur obéir et les servir. Sans tomber dans le féminisme primaire, j'avoue que j'admire encore et toujours la force des femmes, qui se battent encore et encore pour s'extirper avec bien du mal de leur petites vies minables et soumises aux hommes.
Je me permet d'ailleurs de faire un petit clin d'oeil, puisque pour Noémie comme pour bien d'autre, ça ne sera à présent Ni putes, Ni soumises.
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