Des histoires
Quand j’étais gosse je m’endormais en pensant à ce que je ferais quand je serais grande. Ensuite en grandissant, je pensais au Prince Charmant qui viendrait sur son cheval blanc, il serait si parfait, The Charming Prince quoi ! Après j’ai tenté de penser chaque soir à ce qui avait été bien et mal dans ma journée passée. Mais la plupart du temps je me laissais emportée dans des pensées sur ce qui avait été mal. Aujourd’hui je tourne parfois un moment des réflexions dans ma tête sans réussir à faire le vide. J’aimerai souvent pouvoir me débrancher pour dormir, comme un robot ou un poste de télévision. Stand by, over, out ! Si un truc m’a contrariée ou bouleversée pendant la journée, je peux raisonner sur le moment, trouver des réponses pour me tourner vers autre chose, faire comme si je passais au dessus, mais une fois couchée tu peux être sûr je me retrouve face à mes démons. C’est souvent à ce moment que j’échafaude des plans, des stratégies dans le style « alors à ce moment je dirais ça, et si on me dit ça je répondrais ça » ou je planifie le lendemain, la semaine « donc j’appelle le dentiste, et puis le coiffeur, ensuite je fais la vaisselle et je plie le linge ».
En ce moment je me dis surtout qu’il faut que j’arrête de m’en raconter des histoires. Que j’arrête de penser à ce type que je ne connais pratiquement pas, que j’arrête de prévoir ce que je vais porter, si jamais je devais le croiser dans la journée. C’est un peu ça mon problème : mon esprit galope tout seul, il monte des bateaux, il construit des châteaux en Espagne et je peux vous dire que le réveil à la réalité est souvent bien décevant. L’exemple flagrant est que j’ai commencé à rêver de lui, une nuit sur deux à peu près. C’est vraiment nul. Le matin je me regarde dans le miroir et je me dis que oui, ce pull décolleté fera sûrement l’affaire si je dois le voir. Et puis je le vois, et j’oublie que j’ai mon manteau par-dessus. Je ne pense qu’à trouver des choses à lui dire pour faire durer le moment, je plonge mon regard dans le sien et je me dis qu’il est vraiment trop mignon pour être honnête et je me donne un air super naturel par-dessus le marché.
Mais pourquoi je ne prends pas les choses plus légèrement ? Y’a des filles qui disent d’un mec qu’elles ont repéré que si ça se fait c’est bien, sinon tant pis. Moi non. Je me dis qu’il faut que ça se fasse, parce qu’alors ce sera génial, ce sera une si belle histoire, que dans 10 ans je lui avouerai que je l’avais remarqué, que je raconterai à nos enfants comme leur père était beau à l’époque. Biiiiiiiip ! On redescend tout de suite sur la planète terre et on pense à autre chose !
Je me fatigue moi-même, je vous assure. Depuis plus de 20 ans que je me supporte en plus… Ma mère m’a dit ces derniers temps que le combat le plus difficile était celui contre soi-même et qu’on se retrouvait toujours à devoir se convaincre et à être d’accord avec soi-même. C’est ça. On est là, soi avec soi-même. Un philosophe au nom bizarre (ils en ont tous, sauf Pascal mais il a commencé en faisant des maths, donc c’est pas un vrai lui ! lol) dirait que c’est la cohabitation entre le conscient et l’inconscient. Ben moi mon conscient il voudrait dire à mon inconscient de bien fermer sa gueule ! Et puis pourquoi je me rappelle sans cesse mes rêves ? Après je me lève avec des images totalement fantasmées et je me dis que ce sera différent aujourd’hui, qu’il va me proposer d’aller boire un verre et que tout sera parfait dans le meilleur des mondes. Faut arrêter de rêver, c’est des conneries tout ça. Faut arrêter de se raconter des histoires ma petite Louloute, y’a pas de Charming Prince et encore moins avec un cheval blanc. Y’a que des mecs avec certes une belle gueule mais qui n’ont pas l’air plus intéressés que ça…