A la longue
Le dimanche il faudrait m'empêcher d'écrire, il faudrait m'enlever ce clavier auquel mes doigts sont collés. J'aimerais pas crever un dimanche. Le dimanche soir est toujours source d'angoisse, beaucoup moins depuis le boulot puisque la routine rassure. Aujourd'hui j'ai le passé qui me colle à la peau. Il est sous chacun de mes pas, il se loge dans mon cou, il est emmelé dans mes cheveux. Il a commencé à me suivre cette nuit. Je n'en reviens pas de rêvé encore et toujours de lui, après presque 10 ans, il faudrait passer à autre chose non ? Je nourris un sentiment de culpabilité, j'aimerais savoir ce qu'il devient, lui et les autres d'ailleurs. Est-ce pour prouver aux autres ce que j'ai "réussi" ? C'est plus torturé que ça je crois. J'aimerais l'effacer de mes souvenirs comme pour effacer les années auxquelles il appartient. J'aimerais tirer un gros trait violet sur tout ça, j'aimerai faire sauter l'édifice, marcher sur les ruines.J'aime croire que je vais mieux qu'avant, que je progresse. Pourtant quand je repars dans ces années, je me demande comment je ne me suis pas tranché les veines.
Le Dr CP dit qu'il faut sortir du schéma. Elle me fait rire elle ! D'ailleurs c'est vrai, elle est assez comique, elle a des expressions qui me font mourir de rire. Elle fait peut-être ça quand elle en a marre de me voir pleurer. Je ne comprend pas comment je me laisse encore grignoter par tout ça. Mon espèce d'auto-apitoiement me donne parfois envie de vomir
Ma culpabilité, ma soif d'ailleurs, mon désir de domination et ma peur maladive de l'échec me mangent lentement mais surement la cervelle. Parfois je me répête que non, je ne suis pas folle, que comme les autres je peux avancer et me battre. Parfois je sens le sol se dérober, je sens un volcan au creux de mes entrailles qui me brule à petit feu.
J'ai toujours eu peur de louper quelquechose, c'est ma vie que je finirai par louper avec des réflexions pareilles. J'ai l'impression d'être cette bonne vieille Alice et de courir contre le temps. Je me dis qu'il me faudrait plus de vodka, plus de métro, plus de valises, plus de décalages horaires et de train en quai. Et puis je me souviens d'un truc qui remplissait pas mal le vide, qui éclairait les dimanches soirs, les grandes fêtes, les matins et les nuits, les joies et les peines. D'une chose qui faisait que je souhaitais que la nuit arrive, pour me glisser sous les draps. Je me sentais plus forte avec ça avec moi. Les restaurants partagés semblent tous s'être dégradés, je vois tout ceci avec ironie et tristesse.
Moi je voulais vivre dans un livre d'Anna Gavalda, dans un film d'Almadovar, dans une chanson de Rose. Je vois ce soir plus nettement la médiocrité de mon existence, de notre existence à tous d'ailleurs, si vous m'excusez de vous juger de loin. Bullshit comme dirait l'autre !
Le dimanche c'est un vide immense et résonnant qui répond à mon mal de vivre à deux balles !
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