Homme enfant
D'abord les yeux, de grands yeux noirs expressifs, et puis ta bouche qui prend trop souvent un air boudeur pour mieux rire aux éclats après. . On dirait que tu te moques de la vie, surtout lorsqu'elle devient trop dure avec toi.Tu agites tes petits bras, tu cherches à faire avancer le monde, tu crois que ton costume et tes cravates te donnent de l'âge... tu te trompes. Si je cherche au fond de ta pupille, je peux presque voir tes boucles d'enfant, tes jeux dans le jardin, tes mains poisseuses de chocolat. Je te vois comme tu as été, comme tu seras toujours. Tu peux mentir à la vie et aux autres, tu peux leur dire "regardez, je prend de l'âge, je deviens adulte je deviens grand". A moi tu ne peux pas me mentir. Tu auras toujours dix, quartorze, à la rigueur dix-sept ans mais tu ne vieilliras jamais.
Au fond de ton coeur il y a cette quête d'amour, cet amour maternel que tu cherches encore et toujours. Tu te caches derrière des jupes, toujours plus courtes, toujours plus fines. Tu voudrais enfouir ton visage au creux de mes seins, pour sentir ce parfum et t'y endormir, comme abrité du soleil par un arbre.
Tu dis que tu veux des enfants, que tu veux être père. Je n'y crois pas l'ombre d'une seconde. Tu as juste envie de nouveaux jouets, pour t'amuser, puis te lasser. Tu te donnes un peu le change, tu parles de choses responsables comme la politique, l'économie, la bourse ou l'éducation. Mais quand la nuit vient, tu perds un peu de cette superbe artificielle, tu ne cherches plus à t'attirer cette cour, à te mirer dans le regard des autres, à être cette lumière où les papillons brûleront leurs ailes. Tu redeviens celui que tu es au fond, qui n'oppose plus de résistance au sommeil.
Et tu fais vibrer au fond de moi une corde étrange, qui laisse échapper une note profonde. J'ai envie de vampiriser ta jolie bouille d'ange, j'ai envie d'aspirer ta jeunesse, tes rêves, ton insouciance. Tu me sers contre toi, tu n'as plus que cette tendresse à offrir, le reste n'étant que cette couche apparente qui s'envole comme de la poussière.
Tu aimes qu'on te trouve beau, tu aimes que je te trouve beau, que je te le dise, que je te câline. Tu en deviendrais presque capricieux, tu veux et tu exiges, de l'amour, de la passion violente, des baisers fougeux pour te sentir vivant encore et toujours. C'est pour cela que tu as tant besoin des autres, qu'il y ait toujours du monde autour de toi, autour de nous, c'est pour cela que tu aimes être le centre des attentions, des conversations.
Tu me boulverses par tous tes gestes, par ton sourire, par ton sérieux. Tu es une image de papier mais tu redeviens humain à l'abri des regards.
Tu es....
L'homme enfant....
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