Par Louloute - Publié dans : vie pro - Voir les 3 commentaires
Quand
j'ai débarqué à 20 ans à peine dans une grande entreprise pas organisée du tout, au sein d'un service pas organisé du tout et que j'ai eu l'immense chance de tomber sur mon Sage, elle m'a
transmis comme premier conseil de ne pas me laisser manger par la machine.
La machine c'était le boulot, le stress, l'angoisse du dossier pas rendu ou de la deadline dépassée. Nous avions sous les yeux au quotidien trop de gens qui eux s'étaient fait avalés entièrement. Ce n'était pas très beau à voir, croyez moi, ça faisait même peur en fait. Comprendre à 20 ans que le travail si salué par une éducation au mérite, qui rejette l'oisiveté et la paresse, pouvait être source de (grande) souffrance : le choc!
Je me souviendrai toujours de son départ en vacances - une semaine, 15 jours au max - sans ses sages conseils justement et que j'appréhendais la boule au ventre, et elle qui me répétait sans cesse "visionne des échasses le matin et un gros boulet le soir". Prendre de la hauteur toute la journée et laisser tes soucis sur ta chaise en partant.
Les années ont passé, le monde professionnel m'a malmenée, de manière raisonnable j'imagine en écoutant le récit d'autres et aujourd'hui, je tente d'appliquer toujours et encore ces conseils pour garder la tête hors de l'eau.
Typiquement en ce moment, je les applique très mal et je n'ai besoin que de la vacuité des publications sur ce blog ce ces dernières semaines pour le prouver.
J'ai l'impression de vivre avec un tic tac permanent, les yeux rivés à l'heure, à tout moment de la journée ou de la nuit. Nuit où je me réveille en sursaut, persuadée qu'il est l'heure, l'heure d'y aller, de se lever alors que ma pauvre Louloute, il est à peine deux heures du matin.
Et je me fais grignoter, un peu, beaucoup, passionnément, sous prétexte qu'au fond "j'aime ça" et qu'un poste à responsabilités est un peu ce que j'ai toujours brigué. Ah ça, pour s'auto-convaincre qu'on est le créateur de ses soucis, on est extrêmement doués.
Il est facile de glisser, de tomber de l'autre côté du fil, d'annuler des dîners et des sorties, d'arrêter de pratiquer un sport ou de jouer aux jeux vidéos. Après tout, quel est l'intérêt, quelle est la plus-value ? On peut vivre sans jeu vidéo n'est ce pas ? Et constater peu à peu que le travail prend le pas sur d'autres choses.
On débattait avec ma meilleure amie sur ces dirigeants qui t'envoient des emails à 2 heures du matin le samedi soir, qui se cachent dans les toilettes pendant leurs vacances pour consulter leur BlackBerry, sans quoi leurs femmes leur tombent sur le râble. Avions-nous envie de terminer ainsi ? Avions-nous envie de finir complètement drogués du travail ?
Si au moins la reconnaissance était à hauteur de l'investissement. Mais que reste-t-il quand tu as pris ton carton sous le bras et ton chèque de départ (si tant est que tu ais un chèque) ? La machine t'a avalé et puis elle te vomit, mais tu es déjà digéré, écrasé… Vraiment, ça donne envie !
A mon petit niveau déjà, je me demande combien de temps cela peut encore durer. Je rate mes stations de métro, je range ma brosse dans le frigo et tout à l'heure j'ai manqué de me faire écraser par une moto. J'ai bloqué, au milieu de la route, le cerveau reptilien en mode erreur 404 - data not found. Avancer ? Reculer ? Aucune idée… j'ai mis 2 bonnes minutes à réagir au klaxon, à bredouiller des excuses et à monter sur le trottoir.
Ne pas céder aux sirènes du sur-investissement professionnel, de l'exigence toujours plus forte de la hiérarchie, car fondamentalement, tu pourrais y passer 24 heures d'affilée à ton bureau, il y aurait encore des choses à faire non ?
Je vais vous dire… c'est bien plus facile à dire qu'à faire.
Quand vous avez fait une école de comique, il y a peu de chances qu'on vous laisse vous en sortir comme ça. La plupart du temps, vous adhérez (ou on vous offre l'adhésion la première année)
au réseau des anciens élèves.
Non, c'est
plutôt qu'en ce moment, l'ambiance tourne de manière répétée autour du monde pro. Avant tu stresses parce que tu cherches un boulot, pendant tu stresses parce que tu veux garder ton boulot et
après tu stresses parce que tu commences un nouveau boulot. Bref, t'as jamais fini de te prendre la tête.
J’ai parfois le sentiment très précis que je suis exactement faite pour le boulot que je fais. Je sais, c’est bête à dire. Et en même temps c’est encourageant, ça prouve que je ne me
suis pas trop trompée.
Des heures et des heures à se lamenter de ne pas avoir de boulot et bien évidemment, le jour où j'en trouve un, je mets environ deux semaines à vous prévenir.
Week-end dernier : remise des diplômes. Après plus de 4 ans d'école de comiques, il était grand temps de nous mettre à la porte de manière officielle en
nous donnant un bout de parchemin roulé dans un ruban. En plus c'est faux, on nous l'a donné sous verre dans un cadre, ce diplôme.
Je ne sais pas ce
que j'ai en ce moment, je rôde autour de ce blog avec l'air d'un chat qui aurait vu un canari en cage et qui ne saurait pas comment l'attraper. J'ai des idées d'articles, même des phrases
entières prêtes à s'écrire et pourtant je recule, je louvoie, je biaise et je finis par me dire "mouarf, demain, j'écrirais demain".
La recherche de stage, c'est plutôt prenant !
Je n'avais pas dormi de la nuit, réveillée avant le réveil à 6 heure et des poussières. La rentrée, j'aurai aimé la faire avec des lunettes noires sur le nez. Pour qu'on ne me
voit pas et que je ne vois personne. C'était sans compter qu'en France, le 3 septembre et bien il fait nuit à 6h du matin ! Oui, oui, nuit, comme un jour de novembre. Ah et puis il pleuvait ! Pas
un léger crachin hein, non, non, la bonne averse qui caractérise nos longs et rigoureux hivers. Sauf qu'il y une semaine il faisait 30° et que mes jambes pèlent encore, rapport aux coups de
soleil corses... Enfin, si c'est l'hiver, c'est l'hiver. Je ne voyais pas comment la journée pouvait être plus pourrie...
- Après ton entretien tu avais dit à ton entourage que ça s'était bien passé mais que tu refuserais, ne serait-ce que pour l'emplacement des locaux et la tronche
des informaticiens.
On m'a dit et je l'ai répété
souvent ici que ce n'était pas au bureau qu'on se trouvait des amis. C'est vrai. Y'a un tas de gens qui sont insupportables dès que vous bossez avec eux. M. est une fille qui est arrivée dans la
boite il y a deux mois. C'est l'assistante de Big Boss. On était assez curieux face à son arrivée, il faut bien l'avouer. Pas évident de bosser pour Big Boss : Big Boss il a un égo démeusuré, Big
Boss il adore qu'on l'écoute, Big Boss nous a fait faire 22 heures sup la semaine du 15 août parce qu'il avait décidé de reprendre un dossier en main. Mais Big Boss il redevient tout gentil dès
qu'on lui tient tête, il a toujours une oreille de dispo et il m'appelle la stagiaire de l'année, donc Big Boss, c'est un sacré personnage, mais pas déplaisant !
Aujourd'hui la Louloute a réussi à fuir le bureau et son ordinateur chéri en participant à un forum d'entreprises organisé par mon école. Comme je n'allais pas laisser ma
RH seule et abandonnée, je l'ai accompagnée parce que bon, c'est quand même un peu mon école hein.