Sur le fil

Publié le par Louloute

Il suffirait d'un mot, d'une pensée, d'une image telle un nuage s'étiolant dans le ciel pour que je me sente prête à basculer, à plonger vers toi. Je te sens plapiter sous ma peau, j'ai envie de m'envoyer dans le sang ce qu'il faut pour t'oublier. Car je m'efforce, chaque jour, plus que jamais, de ne pas penser à toi, de ne pas chercher ton visage dans cette foule anonyme, de ne pas imaginer où tu es, ce que tu fais et à quoi tu penses. Je laisse dangereusement mon imagination prendre le contrôle et donne toute largeur à ma névrose. Je me sens sur le fil, sur le fil d'un rasoir auquel je rêve pour pouvoir l'enfoncer dans mes chairs, pour que la douleur physique supplante celle d'un vide fantasmé. Car c'est la place de l'imaginaire qui est la plus dangereuse.
Il me faudrait toi au quotidien pour tuer l'oeuf de mon désir, il me faudrait te respirer, t'aspirer, te digérer. Il me faudrait te connaître sur le bout de mes doigts. Ma raison hurle de toutes ses forces et je sais que mon cerveau enregistre ses vociférations et comprend ses arguments. Mais mon coeur s'en balance et parfois, comme un ex-fumeur qui s'envoie une petite taf, comme une nana à la diète qui lèche un carré de chocolat, je t'invite dans mon esprit, te convoque et te dissèque. Tel un shoot, je m'explose les yeux pendant de longues minutes sur ces représentations de toi, jusqu'à en avoir les globules qui tremblent, jusqu'à ce que ma rétine sèche implore pitié. Alors je m'enfonçe encore et toujours les ongles dans les paumes pour t'allier à la douleur, pour m'empêcher d'imaginer même une seconde ton sourire ou tes yeux.
Plus honteux qu'un fantasme de chair, je m'autorise un fantasme d'amour, je crois en une réalité que j'ai quittée depuis longtemps. Je fais comme si tout était possible et que tu allais débouler là, me sauver de tous ces gens, poser ta main sur mon épaule, rajuster ta cravate et me sourire, m'emmener loin des absurdités de ce monde.
Alors ma folie n'a plus de mesures et j'échaffaude mille scénarios destinés à te sauver de toi-même, à te révéler à cette vie que tu as toi aussi oubliée et j'espère en enfonçant mes racines au plus profond des entrailles de cette terre et en les liant aux tiennes, te rendre plus fort, te rendre plus droit.

Mais j'éteinds l'écran de mes chimères, je coupe la musique de notre histoire, je range sous clé ton sourire enjôleur et efface ton image. Je suis restée du bon côté du fil... mais jusqu'à quand ?

Publié dans Amour

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Sarah 08/04/2009 20:51

Je suis d'accord, très beau texte... :) Et puis tu vois que même si tu la rejettes cette idée d'un amour possible, elle te trotte dans la tête! ;) Bisousss

Louloute 09/04/2009 22:53


Commence pas à lire dans mes pensées toi... c'est mauvais pour mon karma !


fred de roux 08/04/2009 11:43

Une ode à l'amour, comme un cri lancé dans le lointain. Un appel dicté par l'absence et la souffrance qu'elle engendre. C'est à la fois triste et beau. D'ailleurs la beauté l'emporte car elle est exprimée par un inctinct poétique qui fait presque oublier l'absence pour n'exprimer que le désir. Bravo !

Louloute 09/04/2009 22:54


Merci Fred, toujours les mots qu'il faut !